66 – une action exemplaire

Novembre 2020

Discussion sur des pistes de souveraineté alimentaire en milieu urbain et périurbain.

Introduction :

Je m’appelle Guillaume L. Je suis né à Chatillon sur Seine dans le 21. J’ai suivi un parcours scolaire sans encombre, Maths Sup Spé, puis Ecole d’Ingénieur ENSTIB 2002 dans l’industrie du bois. Actionnaire depuis 2004, je gère aujourd’hui 3 sociétés dans le secteur de la construction en bois.
Mon grand-père maternel a commencé de labourer avec une jument après la Seconde Guerre mondiale. J’ai connu son travail en polyculture à l’heure des tracteurs. Il a résisté à la monoculture, malgré le travail difficile de maintenir de front élevage, céréales, maraîchage.
Il m’a souvent expliqué que déjà dans les années 40, il ravitaillait Dijon qui connaissait des tensions alimentaires, alors qu’eux en campagne ne manquaient de rien.
Une telle situation ne peut plus arriver de nos jours ? Je me suis toujours dit : bien sûr que si.

Le constat :
En 2020, les villes dépendent entièrement de la production mondialisée et du système de distribution à flux tendu. Les campagnes ont fini leur transition vers la mono activité agricole. Si il fallait de nos jours ravitailler Dijon avec la production locale des campagnes environnantes, cela serait impossible.
Concernant les savoir faire et les habitudes, la connaissance des patrimoines régionaux n’est pratiquement plus que dans la tête des vieux qui sont intubés pour raison de COVID.
Qui se souvient qu’on peut manger le fruit de l’églantier, qu’il y a des noyers sauvages un peu partout, qu’on peut manger les feuilles des betteraves rouges en les faisant cuire, qu’on peut manger de l’ortie… La liste est infinie.
Le gout : le dimanche soir, c’est la queue au drive de McDo, avec une moyenne d’âge basse. Si je leur parle de rognons de veaux ou d’épinards en salade…
L’américanisation de la société, et l’américanisation de la nourriture est le principal axe de lutte qu’il faut mettre en place. Sans ça il est inutile de revenir au terroir, si nos descendants disent berk à tout, sauf à Coca Cola et Cie.

Que faire :
Pour moi, pour toutes les raisons que je viens de citer, arriver directement à une autonomie alimentaire dans la plupart des communes est illusoire. Cela doit être une utopie, un fil conducteur, mais pas un objectif de court terme.
La meilleure méthode selon moi, est de commencer à la base, poser les fondations, en éduquant les enfants. Avant de nourrir le grand peuple, il faut donc déjà s’attaquer à nourrir les cantines scolaires.

PHASE 1 : les enfants.
Les enfants, j’en ai deux, aiment sans préjugé la nature. Il est impératif pour les maires, de faire pression auprès de l’éducation nationale et des écoles, pour mettre en place, dans le cadre d’un partenariat éducatif, l’approvisionnement des cantines par du local.
Pour ce faire, il faut :

1- Nouer des partenariats avec des semenciers de graines reproductibles type association Kokopelli.

2 – Identifier les acteurs locaux de la production biologique, leur proposer de vendre certains produits aux cantines, et d’accepter la participation des enfants (tous ou les volontaires) aux semis à l’arrosage et à la cueillette.

3 – Faire de même avec les associations de jardiniers, dont il faut au passage secouer la pulpe du fond, car ils sont souvent bloqués dans des méthodes qui n’ont rien d’ancestrales = j’achète mes graines F1 chez Vilmorin, et je nettoie mes allées au Round Up mais il ne faut pas le dire. Et surtout je travaille au sol dans une terre dure comme du chien, bref il y a du boulot.

4 – Réserver des terres agricoles pour du maraîchage géré par des agents communaux volontaires, dans l’unique but de fournir la production aux cantines scolaires. Des arbres fruitiers et autres noyers et châtaigniers pourront être plantés petit à petit, j’allais dire un peu partout.

5 – Organiser une collecte de compost alimentaire, feuillages, afin de générer du terreau qui sera utilisé par les agents communaux sur les parcelles maraîchères, et vendus en sacs aux habitants à un prix raisonnable.

6- Les surproductions devront être données aux enfants, afin qu’ils ramènent fièrement ces denrées de qualité à la maison.

PHASE 2 : les parents.
Une fois le travail de semence dans la tête des petits effectué, il y a plusieurs solutions pour s’attaquer aux parents.

1 – La commune doit faire savoir que des cours gratuits de quelques heures peuvent être dispensés sur inscription par les agents communaux qui s’occupent du maraîchage. Beaucoup de gens ont besoin de savoirs simples : où trouver les graines, comment améliorer son sol, que puis planter si je vis en appartement… ?

2 – Les restaurants aussi pourraient être mis à contribution, pour eux proposer des cours payants aux habitants, sur inscription, dont le thème serait lié à la préparation des aliments, et expliquer aux gens qu’on peut mettre à profit beaucoup de différents aliments qu’ils ne soupçonnent même plus.

3 – Les associations de jardin, doivent prendre le chemin de devenir plus attractives, et accueilleront j’en suis sûr petit à petit les personnes qui n’ont pas de jardin. Il faut y brasser les générations, et veiller à y instaurer une ambiance de transmission, d’expériences et d’apprentissage.

4 – En zone pavillonnaire, je vais vous parler de mon exemple personnel. J’ai acheté une maison il y 3 ans, avant j’ai vécu 15 ans en appartement. J’avais pris une parcelle sociale, mais c’était vraiment compliqué. En 3 ans, j’ai commencé par retaper mon cabanon, qu’on voit en haut à gauche de la photo ci-dessous, pour y ranger les outils. J’ai également commencé à faire des bacs autour d’un prunier qui souffrait (sol argileux incultivable). J’ai rempli de feuilles, de terre amendée, de compost. Ensuite j’ai multiplié le nombre de bacs. Facile pour moi, je travaille dans le bois.

5 – Ensuite j’ai installé des cuves pour la récupération des eaux de pluie. Je peux stocker à ce jour 5000 litres d’eau sur ma parcelle. Je n’ai pas souffert de la sécheresse l’été dernier, sans avoir recours au réseau de la ville pour arroser. Je pense qu’il faut au minimum 3-4000 litres pour faire tampon.

 

6 – Ensuite j’ai replanté des groseilliers, cassissiers, framboisiers, myrtillier, poirier, prunier. J’avais déjà 2 pommiers.

7 – Pour alimenter les bacs en plants, j’ai fait deux ans de semis dans mon garage devant les vasistas, mais ce n’est pas idéal. Donc j’ai ajouté un élément non indispensable mais selon moi très important : la serre. En octobre j’y ai mis par exemple mes tomates vertes cueillies, je pense en avoir jusqu’à fin novembre facilement.

8 – Les poules. Afin de manger les restes des enfants, produire des œufs frais, et enrichir les bacs avec leurs déjections, nous avons pris deux poules rousses. Je récupère du blé chez un ami agriculteur, et je paille avec du copeau. Les poules sont principalement gérées par les enfants, qui apprennent en même temps à se responsabiliser.

9 – Bon sens paysan : avec quelques bacs et un jardin à la base incultivable, nous assurons un très bon soutien annuel en nourriture saine pour une famille de 4 personnes. Et ce n’est que le début, ça va monter en puissance. Pour l’hiver j’ai en stock à la cave courges, potimarrons, ratatouilles en pots, pommes en cagettes, pommes séchées coupées à la mandoline (incroyablement simple), choucroute congelée faite avec nos propres choux, vinaigre de cidre, pates de fruits faites des coings… Nous faisons du pain avec les œufs des poules, de vrais amish !
Et l’été nous avons mangé tomates, salades, courgettes, haricots… les joies du jardin.
C’est beaucoup de travail mais en marge de ça je gère 3 entreprises de 3, 11 et 12 salariés. Et je joue au Ping Pong en loisir quand on ne me confine pas. Donc c’est possible. Du moment qu’on se sort les doigts…

10 – Le problème d’une création de nourriture « étatique », c’est la concurrence déloyale avec les producteurs locaux. C’est pour cela que dans un premier temps, il faut se concentrer sur l’approvisionnement des cantines, avec le soutien des acteurs locaux si la production est insuffisante. Et au contraire si elle est excédentaire, il faut la donner aux enfants pour leur faire comprendre que contre un peu de sueur (bonne pour la santé), la nature est généreuse.

Conclusion
Je pense que dans les 10 ans à venir, si la jeunesse pouvait être rééduquée au bon sens paysan et au gout, ça serait déjà exceptionnel. Et si les parents pouvaient, à leur échelle pavillonnaire, agrémenter leurs jardins pour y aménager des carrés potagers, nous verrions un retour en force des insectes et une amélioration significative de la santé des populations.
Je n’ai pas abordé la gestion de l’eau à l’échelle de la commune, je manque de connaissances à ce sujet, à part la facilité de stocker les eaux de pluie.
Je n’ai pas abordé non plus l’importance des insectes polinisateurs, indispensables à une production alimentaire. Il faut favoriser les ruches urbaines, et vivre en harmonie avec les guêpes et autres bestioles utiles. J’avais 2 petits nids chez moi cet été, il suffit de pas les emmerder.
Depuis petit j’ai toujours eu conscience que ma vie, sans vision anthropocentrique, n’a pas plus de valeur en soi que celle d’une mouche qu’on pulvérise avec une tapette. Il faut donc rester humble.
Je finis ce texte sur une montée de presque 9% en une journée du CAC 40, le champagne va couler à flot ce soir dans les tours, au 19ème étage !
Mais attention, apparemment les tours sont parfois très fragiles, comme à NYC ! 😉 (Surtout le WT7…)
Je pense que Georges Lucas a des infos sur les états profonds. Et il a résumé ainsi la vie d’un humain qui a le luxe de se poser ces questions : Etoile Noire ou Jedi, il faut choisir son camp !

NB:

Pendant que j’y suis, je tiens à compléter mon propos. 
Je pense que les villes de toute taille manquent énormément d’arbres fruitiers, de carrés potagers, et évidemment de poules pour apporter un peu de protéines à moindre frais.
C’est pour moi incompréhensible tellement c’est simple, agréable pour le corps et l’esprit, et vraiment efficace.
Le problème est d’abord dans le cerveau des gens, cerveau dans la main des médias dominants, dont le seul but est d’en faire des consommateurs de solutions industrialisées.
Planter c’est résister. Cueillir c’est l’apanage des insolents. C’est une forme de liberté.
Aujourd’hui vous aurez remarqué que quelques personnes dans ce monde, ont réussi tellement bien à utiliser le système (c’est là leur seule forme d’intelligence),qu’ils ont amassé des fortunes qui leur permettent d’acheter des hommes politiques et de contrôler des Etats ou des organisations mondiales.
Dans leur aveuglement pécunier, ils nous mènent à une destruction collective rapide.
Il faut semer, planter, et trouver comment casser ces concentrations éhontées d’argent. Sinon ils finiront par nous envoyer des virus plus méchants, quand ils verront leur angoisse dans nos estomacs serrés…
Mais ça va pas être facile.

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