Le concept de l’écorégion

par Emmanuel Bailly,

La démarche écorégionale, un fil conducteur pour désamorcer les menaces et offrir des opportunités de développement.

1. L’agriculture multifonctionnelle et intergénérationnelle

Le concept de l’agriculture multifonctionnelle prend forme année après année mais reste figé sur des notions environnementales bien secondaires au regard des événements naturels prévisibles pour les prochaines décennies. Aménagement du paysage, entretien de l’espace rural, tourisme vert, maintien et transmission de l’héritage agricole sont les effets, les résultantes d’une politique agro-environnementale territoriale mais ne peuvent être les moteurs stratégiques d’une politique agricole durable. La menace écologique est planétaire et pour répondre aux problématiques climatiques et existentielles, l’agriculture se doit d’être multifonctionnelle mais aussi intergénérationnelle. L’homme doit « voir » l’agriculture à l’échelle de l’humanité et transmettre un « outil agricole » répondant aux besoins des générations futures.

Le développement rural ne peut se contenter de soigner les plaies du paysage en juxtaposant des mesures agro-environnementales. Sans un profond remaniement de l’appareil de production agricole, sans un sévère dépoussiérage de la politique agricole commune, sans une réactualisation des théories économiques et règles commerciales mondiales, le destin de l’humanité sera livré aux caprices du dérèglement climatique.

Les régions européennes doivent anticiper sur les aléas climatiques et construire ensemble un modèle agrobiologique multifonctionnel inscrit dans une politique agricole communautaire. Les zones rurales doivent dépasser ces notions d’aménagement de territoire faisant la promotion de la nature, de l’entretien des espaces verts, du tourisme rural et des produits de terroir. Fractionner les activités, les secteurs, les acteurs du monde rural ne répond pas de manière efficace à la problématique du réchauffement climatique et les résultats s’avèrent indéniablement trop futiles face à l’ampleur d’une nature déchaînée.
L’enjeu est bien plus conséquent car il sera sur-naturel. Lorsque le vent soufflera dans les vallées, lorsque les inondations empliront les bassins, lorsque la sécheresse brûlera les vertes prairies alors le tourisme vert ou l’entretien de l’espace rural apparaîtra à nos yeux de citoyen bien décalé avec la nécessité de se nourrir et de se chauffer.

Cette économie régionale de survie est un besoin élémentaire que la raison nous pousse à mettre en place. La responsabilité des hommes politiques est dorénavant engagée par les choix qu’ils vont promulgués dans les années qui viennent.
Donner les moyens pour que chaque région d’Europe puisse réagir et se protéger individuellement est la prochaine et inévitable mission que doit remplir la Communauté Européenne.

La protection de l’environnement, le maintien ou le retour à un bon état écologique des écosystèmes est indubitablement tributaire des décisions qui seront prises demain par nos décideurs. L’avenir de la planète dépend de leurs orientations, sensées créer du bien-être et réduire la fracture sociale …/…
Il devient urgent de mettre en place des structures pluridisciplinaires capables de définir les outils économiques régionaux qui garantiront la création de ce pilier rural, qu’est l’agriculture multifonctionnelle …/..

2. Vulnérabilité alimentaire ou souveraineté alimentaire

Favoriser une monoproduction de masse « hautement compétitive » dans le seul but de s’adapter à la concurrence internationale initiée par l’Organisation Mondiale du Commerce et la Politique Agricole Commune est une stratégie territoriale coûteuse écologiquement, socialement et économiquement. Pour prendre un exemple, celui du Limousin (mais il en est de même dans de nombreuses autres régions) 32 000 paysans ont déjà quitté ces lieux depuis les années 70 et ont laissé la place à une situation de dépendance alimentaire relativement grave. Une politique agricole régionale, dès lors qu’elle ne peut garantir un approvisionnement en produits de première nécessité, entraîne irrémédiablement sa population dans un contexte de vulnérabilité alimentaire et cela même dans des situations de crises mineures. Le Limousin, à l’image des autres régions françaises et européennes, ne produit en quantité suffisante que 10 % des produits circulant sur son espace territorial. Ainsi, la production de légumes frais ne répond qu’à hauteur de 8 % des besoins de la population et la culture de pommes de terre à peine 26,5 % des besoins.

La restauration de la souveraineté alimentaire est un droit citoyen fondamental. Le constat d’abandon de la production des cultures vivrières sur tout le territoire national, corrélé à des événements surnaturels et à d’autres facteurs conjoncturels pouvant accentuer les risques ruptures de l’approvisionnement doit être évoqué auprès de tous et faire prendre conscience que ce type de scénario déjà vécu par certaines régions du monde, doit être inscrit dans une stratégie de gestion des risques régionaux à l’échelle européenne. Les effets sur la population seront considérables si rien n’a été prévu pour atténuer la souffrance et en limiter l’impact sur le citoyen.

3. Le principe d’écorégionalité

Consommer une alimentation écologiquement et socialement responsable transformée au plus près de son lieu de production est une simple règle de bon sens mais aussi une priorité d’ordre international vis-à-vis de la problématique du réchauffement climatique. Le principe d’ écorégionalité s’inscrit dans une politique de gestion des risques climatiques, énergétiques, sanitaires et alimentaires tout en permettant de reconstituer durablement le système immunitaire d’une région.

L’immunité agroalimentaire d’un territoire peut être définie comme l’ensemble des mécanismes biologiques, structurels et économiques permettant à un système pluriécologique d’apporter le bien-être aux bassins de vie qui le constitue et d’assurer son intégrité en éliminant ses propres constituants altérés ainsi que les flux exothermiques et les monocultures infectieuses auquel il est exposé. Un système écorégional performant est lié à son aptitude à répondre à l’invasion de flux exogènes asphyxiant son outil de production et déstructurant son tissu social, à sa capacité à réagir face à l’intrusion d’un vecteur étranger et bien sûr, à sa faculté d’isoler ce corps étranger. Cette aptitude à répondre et cette capacité de réaction ne sont pas l’objet de mesures protectionnistes et xénophobes mais sont bel et bien le fruit d’une intelligence collective visant au respect du principe de prévention et du principe de précaution. Une démarche écorégionale, écologiquement responsable et économiquement viable, ne peut s’établir que dans un cadre respectueux des principes évoqués ci-dessus. La recherche d’équilibre et d’autonomie alimentaire et énergétique pour un territoire trouve sa légitimité dans la mise en application du principe de prévention et du principe de précaution.

La reconstitution du système agro-alimentaire d’une région passe indubitablement par la régénération d’une multitude d’outils de production (maraîchage, arboriculture, pisciculture, apiculture, aviculture, polyculture élevage) couplée à une dynamique d’actions transversales dans des domaines aussi complémentaires que la transformation, la commercialisation, la formation et la recherche. Les impacts positifs d’une telle dynamique en matière de création d’emplois directs et indirects sont une véritable opportunité pour lutter contre la précarité et l’exclusion sociale pour ne prendre que le seul cas du Limousin. Le périmètre écorégional de souveraineté (qui ne couvre qu’une petite moitié de la surface agricole utile totale) a besoin d’au minimum 50 000 actifs là où ne demeurent aujourd’hui que 30 000 personnes sur l’ensemble de la SAU (voir le chapitre 4 pour plus de détails).

Ce principe basé principalement sur la réorganisation territoriale de l’offre et la demande des flux alimentaires, doit veiller à ce que soit associée dans sa prospective d’aménagement de l’espace rural et urbain, une politique multifonctionnelle et multigénérationnelle intégrant la gestion des ressources naturelles, la gestion des déchets, l’autonomie et la sobriété énergétique, la notion d’empreinte écologique, la capacité de charges des territoires.

L’écorégion devient progressivement un écosystème doté d’un appareil agro immunitaire performant, reconstituant ses forces à l’intérieur de son espace régional. Délimitée par ses frontières administratives, orchestrée par des organes politiques cohérents, une écorégion est un patrimoine écologique dont les terroirs sont les vecteurs d’expression de ses spécificités agronomiques, culturelles et sociales.

Système écologique durable, gérant et maîtrisant les flux énergétiques secondaires circulants sur son territoire, une écorégion accueille l’individu et assure au présent comme au futur, un minimum bien-être.

4. La maille écorégionale : une boîte à outils

L’objectif de restauration de la souveraineté alimentaire sur un territoire déterminé est atteint dès lors que l’intégralité de la Filière « Alimentation » est identifiée, rendue opérationnelle par des moyens en adéquation avec les fondements d’un développement territorial durable : Formation, Recherche, Artisanat, Industrie, Circuit de vente et de distribution, Tourisme, Gestion des ressources.
La recherche d’une autonomie et d’une sécurité alimentaires nécessite d’instituer des règles de production et d’échange strictes, équitables, généralisables et reproductibles aux autres régions d’Europe.

La maille écorégionale est une aire qui réglemente la circulation des flux d’origine alimentaire sur son territoire. Elle est elle même composée d’un ensemble de bassins de vie et de bassins d’emploi. Sous-compartiment géographique de la région, porteuse des vecteurs de bien-être de la population, dotée d’une structure économique durable, cette maille permet de nouer des partenariats facilitant des échanges avec d’autres mailles écorégionales et cela sans compromettre ses objectifs d’autosuffisance alimentaire et énergétique. Une région peut ainsi être constituée de plusieurs mailles écorégionales, toutes respectueuses des spécificités de chacune.

Ce cadre territorial est aussi une boite à outils – boîte à péri¬mètre – disposant d’outils de régulation et éventuellement de neutralisation au cas ou des productions exogènes menaceraient le système agro immunitaire régional, voire inter¬régional. La généralisation à l’échelle européenne de ce type d’outils amènera au fil du temps une clarification et une normalisation dans les types d’échanges communautaires.

L’utilisation d’un référentiel commun internalisant ainsi un certain nombre d’externalités négatives et positives sur l’environnement, le social, la santé permettra de contrôler avec plus d’objectivité les échanges commerciaux sans pour cela être un obstacle aux pratiques commerciales instituées par le libre échange.
La légitimité de ces outils de veille et de régulation doit être l’expression d’un profond respect des principes évoqués auparavant : La préférence locale ne peut exister si les conditions de production, de transformation et de distribution ne répondent pas aux critères de durabilité abordés dans l’Agenda 21.

Amener progressivement à reconstituer le système agroalimentaire des régions françaises nécessite de la part des décideurs régionaux de faire appel à des stratégies territoriales ambitieuses et courageuses face à des stratèges décidés au niveau mondial et face à des risques climatiques et sanitaires avérés. Des notions novatrices sont donc à créer ou à aménager, des outils institutionnels à adapter, des concepts à inventer.

Le périmètre de souveraineté alimentaire est un outil de la boite à outils, un « cadre spatial » exprimant une volonté politique ambitieuse et cela dans le seul but de fournir une alimentation écologiquement et socialement responsable à l’ensemble de sa population.

Multifonctionnel et intergénérationnel, cet espace veille en permanence à ce qu’un certain volume de production caractérisant la demande alimentaire régionale soit élaboré en son sein.

La consommation de ces produits est facilitée localement par la mise en place d’un périmètre d’absorption de volumes garantis. Une consommation de proximité via la restauration scolaire, les maisons de retraites et les centres
médicalisés favorise l’émergence et la protection de productions agricoles de proximité. Cette contractualisation des moyens et des actions est rendue possible grâce à la mise en place d’un cadre spécifique respectant le code des marchés publics.

La transformation, la distribution et la consommation de ces produits sont facilités par la mise en synergie des acteurs et moyens régionaux sans pour cela étanchéifier les échanges avec les autres régions. Au contraire des partenariats (mutualisation de structures et de filières, partage de ressources, de données ou de programmes, retours d’expérience,) sont souhaitables et l’inter¬connexion de mailles écorégionales favorisées.

5. La démarche écorégionale

Maille locale après réorganisation de l’espace territorial

La distribution spatiale des mailles est la retranscription sur le terrain des exigences et des attentes des collectivités territoriales, de leurs spécificités et de leur stratégie locale. Le nombre de bassins d’emploi et par extension le nombre de bassins de vie se calquent aux schémas infrastructurels existants, aux habitudes de vie de citoyens, aux outils de productions disponibles et en collaboration avec les acteurs privés et publics désireux de s’engager dans une démarche écorégionale. Une maille écorégionale assemble, agglomère, interconnecte et protége les bassins de vie de flux redondants menaçant leur intégrité et leur durabilité. Les différents niveaux économiques rencontrés à l’échelon local, régional, national, européen et international s’interconnectent et échangent des flux spécifiques à leur niveau d’action sans déséquilibrer l’espace investi.

Cette première grande étape (phase « Évaluation » couplée à une phase « Préparatoire »), permet d’inhiber ou d’assouplir certains freins susceptibles de ralentir la construction écorégionale : choix et mise en cinétique de certains programmes portant sur l’emploi ou l’accès au foncier non-bâti, initiation ou transfert de productions de masse sur des cultures vivrières, mise en place d’outils et d’infrastructures agroalimentaires, partenariats interrégionaux, création de cycles de formations professionnelles,etc.

La seconde grande étape passe par l’élaboration d’un protocole strict, transparent, participatif et évolutif afin d’assurer la continuité et la transmission intergénérationnelle de l’outil de production écorégionale.

En donnant la perspective à une région de mettre en place une politique agricole de prévention des risques l’agriculture sort progressivement de la sphère privée et capitalistique pour se retrouver dans le champ de l’intérêt public des nations. L’agriculture de proximité tout naturellement et légitimement trouve une place dans l’espace collectif des biens et services publics agricoles territoriaux en participant à l’entretien de l’espace rural, à la régénération de la biodiversité, à la protection et la gestion des ressources naturelles. L’extension de ces mesures agro-existentielles au niveau européen, mesures encadrées par le principe d’écorégionalité, garantie à chaque État membre une souveraineté alimentaire de même nature et cela proportionnellement à la capacité de charge de son territoire.

Cette préférence agricole territoriale ne peut-être taxée de mesure protectionniste à partir du moment ou chaque région de la Communauté Européenne est dotée des mêmes outils de régulation, des mêmes avantages communautaires.

6. Démarche écorégionale et secteur agricole

L’application du modèle écorégional au secteur de la production agricole permet d’établir une projection relativement précise en terme de définition du périmètre de souveraineté alimentaire ainsi que de développement socio économique. Un point important est à préciser d’emblée : le modèle agricole retenu pour établir ce modèle écorégional est celui de l’agroécologie, implanté de manière encore marginale par rapport au modèle intensif.

L’Agroécologie, un mode de production écorégional

Ce mode de production agricole respectueux des écosystèmes répondant à la demande des citoyens sans compromettre les besoins des générations futures s’impose très légitimement.

Première forme d’énergie renouvelable utilisant les éléments naturels pour produire la biomasse, l’agro-biologie, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui en France et en Europe, possède toutes les qualités requises pour relever le défi du réchauffement climatique, ou du moins en atténuer l’impact sur les écosystème et sur les populations :
• adaptation au climat ;
• entretien et renouvellement de la biodiversité ;
• protection des sols et des ressources hydriques ;
• utilisation raisonnée de l’énergie et des ressources naturelles ;
• conservation des espèces et renforcement de leur système immunitaire ;
• condition d’élevage et de culture respectant le bien-être des êtres vivants ;
• sauvegarde du patrimoine agro-culturel.
La répartition des besoins dans l’espace régional doit prendre en compte :
• la proximité des activités agricoles conventionnelles ;
• la densité des bassins de vie ;
• l’habitat, les plans d’occupation des sols ;
• les secteurs industriels ;
• les infrastructures agricoles et agroalimentaires ;
• les ressources hydrologiques ;
• le potentiel agronomique des terres sollicitées ;
• les axes routiers, la logistique de transport retenue ;
• des programmes agro-environnementaux en cours ;
• les ressources forestières.

Cette projection des assolements à l’échelle territoriale doit être menée de manière cohérente en fonction de la disponibilité et de la nature des effluents d’élevage, des cycles de rotation des cultures.
Les ateliers de polycultures élevages sont à favoriser afin d’équilibrer les bilans entrées et sorties en éléments nutritifs. L’autonomie en intrants organiques est à rechercher.

La surface utile retenue doit être apte à résister intensément aux intempéries et garantir un niveau de production correct. Le mode cultural retenu doit participer à la restauration des ressources hydriques et maintenir en bon état les ressources écologiques.

Les mesures contre l’érosion des sols ou le lessivage des éléments nutritifs sont indispensables. La plantation de haies doit être conduite de manière systématique. L’utilisation raisonnée de l’énergie, le stockage du dioxy-de de carbone, le non emploi de substances chimiques, la limitation des transports vers les pôles de transformation ou de consommation sont des mesures à privilégier.
Les règles de conduite grandes cultures et élevages doivent respecter dans la mesure du possible les cahiers des charges de l’agrobiologie.

7. Un nouvel outil : L’Indicateur de Souveraineté Alimentaire (ISA)

Recenser les besoins alimentaires d’une région

Définir quantitativement les besoins alimentaires et énergétiques par habitant sur une région donnée permet de mettre en évidence l’intensité du prélèvement opéré sur les ressources naturelles. Ainsi, selon le degré d’intensité du prélèvement, le besoin peut laisser une empreinte écologique irréversible sur les écosystèmes sollicités. Pour éviter ce type de séquelle environnementale, il devient nécessaire de définir une stratégie de gestion des ressources naturelles. Connaître le potentiel des ressources afin de générer une empreinte écologique la plus faible possible vis-à-vis de l’environnement doit maintenant faire partie des priorités des collectivités et des citoyens.

Chaque région doit prendre en charge cette somme d’empreintes écologiques et mettre en œuvre des outils adaptés à la protection des écosystèmes, à la gestion des ressources naturelles. Les analyses de cycle carbone, ainsi que des carbo-bilans peuvent aider à mener cette démarche.

Ce qui va nous intéresser c’est avant tout de connaître la demande alimentaire sur un périmètre régional et voir comment celle-ci trouve satisfaction via la production agricole de proximité.

Après avoir quantifié le besoin alimentaire, analysé les failles ou mis au grand jour les limites et la fragilité du système de production, il devient intéressant d’élaborer un concept agro-environnemental sensé satisfaire la demande de façon durable.

La modélisation de la demande consiste alors à concevoir un outil de proximité multifonctionnel et multigéné-rationnel puis l’utiliser lors de la mise en œuvre d’une stratégie agro-environnementale durable à l’échelle locale, régionale, nationale et européenne. La caractérisation d’une surface utile agricole déterminée sur les bases de la demande alimentaire offre la possibilité d’extrapoler sur les créations infrastructures agricoles et agroalimentaires à l’échelon territorial, de chiffrer les frais des immobilisations, de définir le nombre d’emplois directs sollicités, d’estimer le potentiel de ressources et leur aptitude à se régénérer, de comprendre, anticiper et débloquer les freins institutionnels et psycho politiques ou faire sauter les barrières limitantes de la pensée contemporaine.

Étape après étape, à partir d’un besoin formulé, le modèle se construit et tente de trouver sa place dans les grandes lignes du schéma de développement de la Communauté européenne, de gagner une certaine crédibilité vis-à-vis de la politique agricole commune et des organisations du commerce mondial.

Une économie écorégionale de proximité

Définir et garantir une économie écorégionale de proximité passe avant tout par :
• l’identification et la quantification des besoins alimentaires (végétaux, viande, céréales, œufs) ;
• la quantification et la disponibilité des ressources hydriques (boisson, sanitaire.) ;
• la quantification du potentiel énergétique (lumière chauffage, voir courant alimentation appareillage ménager et robotique).

L’aspect artisanat doit être considéré puisqu’il sera sollicité lors des périodes de « reconstruction ». Ainsi le maintien en éveil de certains corps de métiers doit être préservé et subventionné par les régions. Le tourisme peut participer à cette charge de solidarité pour le maintien culturel d’un savoir faire car les habitants seront heureux d’en profiter le moment venu.

Une fois les besoins déterminés (la « demande » dans le référentiel utilisé) une analyse complète des moyens de productions doit être planifiée :
• recensement des ouvrages hydrauliques et des sources potentielles (quantité, qualité) ;
• recensement et audit des éleveurs et maraîchers existants sur le territoire (surface, moyen pérennité) ;
• recensement et audit des outils de vente de proximité (marché, hall, foire) ;
• recensement des savoir-faire et des savoir-être.
• recensement des installations énergie renouvelable disponibles (biomasse, micro hydraulique, méthanisation, solaire, éolien)

L’état des lieux réalisé, une planification des actions à mettre en œuvre s’impose :
Faire le Choix des périmètres de souveraineté alimentaire en tenant compte de facteurs limitants, tels que l’urbanisation, le potentiel agronomique des terres. Les besoins définis dans le cahier des charges « Écorégion » doivent être comblés dans leur totalité. L’indépendance en intrants organiques s’impose d’elle-même si l’on veut que la production soit durable et sans impact sur les écosystèmes. Véritable bassin de vie dont le rôle primaire est de répondre aux besoins alimentaires du quotidien, ce périmètre implique nécessairement certaines transversalités avec divers domaines d’actions pour prétendre à une certaine cohérence territoriale.

La vente en local, si elle se veut durable, doit utiliser des outils permettant la réalisation du service demandé tout en veillant à ne pas exposer ses producteurs aux jugements sectaires ou passionnels. Si la transparence de la production est une règle de base pour des échanges respectueux, la protection de la vie privée des individus est impérative et garante d’un bon fonctionnement du système.

Des comptoirs de distribution répartis sur le périmètre de viabilité économique peuvent remplir ce « rôle tampon ». L’homogénéité de prix instituée par les collectivités à l’échelon régional, voire nationale, permet aussi d’anticiper sur des déséquilibres de fréquentation sur les périmètres.

Acheter en local, c’est contrôler et utiliser son pouvoir d’achat dans le but de maintenir en veille un espace sécurisé pour les générations futures. Nous verrons par la suite que des gains financiers importants peuvent être réalisés vis-à-vis du pouvoir d’achat de chacun. Des aides régionales peuvent se manifester à travers la mise en œuvre de projets, la réalisation d’infrastructures de vente digne du XXIe siècle. Des achats fonciers peuvent être soutenus par diverses collectivités afin de permettre l’installation de paysans, de structures agricoles.

Le périmètre de viabilité économique intègre dans son concept, la notion :
• d’internalisation des coûts et préjudices que l’envi¬ronnement doit supporter ;
• de gestion des énergies fossiles ;
• de lutte contre le réchauffement climatique ;
• de responsabilité citoyenne dans l’acte d’acheter local (consommateur).

Le choix des périmètres de reconnaissance sociale est une incidence directe du respect des périmètres de souveraineté alimentaire et de viabilité économique. Reconnaître le travail de chacun permet de redynamiser le tissu local, restaurer les savoir-faire, redonner à l’individu artisan paysan une fonction dans un espace de vie ainsi qu’une reconnaissance sociale au sein de sa microsociété.

L’homme ne vient pas sur Terre pour être directeur ou informaticien, il vient sur Terre pour devenir un Homme. Le métier qu’il exerce participe à sa construction d’Homme. Dans ces périmètres de viabilité économique, les savoir-faire participent à cette construction individuelle. Le partage de son temps sur des activités locales et saisonnières attribue une autre image à la fonction « travail ». La mono-activité, la spécialisation de l’esprit à un domaine de réflexion-type s’efface pour laisser progressivement la place au pluri-activisme de l’esprit.

Le choix des périmètres de reconnaissance sociale est à privilégier non pas pour préserver l’identité locale ou pour traduire une quelconque peur de l’extérieur mais plutôt par souci de préservation des périmètres de souverainetés.

« Fabriquer » un minimum de survie et garantir sa consommation in situ ne peut être considéré comme une politique protectionniste à partir du moment ou cet « avantage » est offert à tout territoire. Il doit être assimilé comme un outil de protection contre le réchauffement climatique mais non pas comme la manifestation d’un sentiment xénophobe, ou perçu comme une obstruction au libéralisme économique et à la libre concurrence. Il ne peut être reproché d’organiser une étanchéification territoriale puisque des partenariats, des liens d’échanges seront nécessaires pour répondre aux besoins des espaces très urbanisés ne pouvant assurer leur production (Imperméabilisation des sols, urbanisation intensive, surpopulation, pollution urbaine, pollution chronique, sites pollués…).

L’absence de ces espaces naturels en zone urbaine doit être comptabilisé dans le bilan régional et répercuté en compensation sur des bassins de vie aptes à assumer cette production. Solidarité des villes et des campagnes via l’alimentation, voilà une bonne manière de retisser les liens.

Niches biologiques situées aux abords des grandes villes, Les bassins de vie sont dotés de moyens d’acheminement et de distribution choisis en fonction de critères écologiques et durables.

La création d’une organisation régionale du commerce s’avère être un outil de gestion relativement adapté pour éviter toute dérive d’étanchéification d’une région vis-à-vis du réseau agroalimentaire national et européen. De plus, la gestion des flux entrants et sortants du territoire permet à tout moment de re-évaluer la politique agroalimentaire initiée.

Le choix des périmètres de solidarité pour les générations futures considère la restauration et la protection d’espaces géographiques. Ces réserves naturelles urbanisées ou pas, touristiques ou pas, garantissent des ressources hydrologiques et agronomiques pour les générations futures.

Un état des lieux avec appel à la mémoire collective afin de recenser les exactions industrielles du passé s’avère nécessaire afin de s’affranchir des lieux contaminés de manière irréversible.

La création de pépinières du vivant rentre dans cette stratégie de solidarité générationnelle. Si la définition du développement durable s’achève sur les termes suivants « sans compromettre les besoins des générations futures », ménager des compartiments écologiques, les « réservoirs du vivant », devient vital et la mission peut être confiée à des observatoires naturels régionaux.

Emmanuel Bailly, co auteur, avec Philippe Desbrosses de « Terres d’avenir, Pour un mode de vie durable »


déséquilibre de la production
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