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DONNÉES. ÉNERGIE. POUVOIR.  

Comment le monde bascule — et ce que nous pouvons encore faire  

Le monde ne change pas toujours par coups d’État ou complots secrets. Il change souvent par des calculs économiques très simples, menés dans des bureaux feutrés, loin des caméras. Et en ce moment, l’un de ces calculs est en train de remodeler silencieusement nos démocraties.

Voici ce calcul : la donnée est la ressource la plus précieuse du XXIe siècle. Et pour faire fonctionner la donnée, il faut de l’énergie. Beaucoup d’énergie. Celui qui contrôle l’énergie contrôle la donnée. Celui qui contrôle la donnée contrôle les comportements. Et celui qui contrôle les comportements… gouverne.

Ce n’est pas une hypothèse. C’est ce qui se passe déjà — en France, en Europe, dans le monde entier.


1. La donnée : une richesse que vous produisez, que d’autres captent

Chaque Français produit chaque jour des dizaines de milliers de données. Ses déplacements via Google Maps. Ses opinions via Facebook ou X. Ses achats via sa carte bancaire. Sa santé via son smartphone. Ses lectures via ses flux d’information.

Qui possède ces données ? Pas vous. Pas l’État français. Pas votre commune.

En 2023, Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp) a réalisé plus de 134 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Plus de 98 % provenaient de la publicité ciblée — c’est-à-dire de vos données. Les utilisateurs, eux, ne touchent rien. — Source : Statista / rapports SEC Meta 2023

Google, Amazon, Microsoft, Apple : ces quatre entreprises américaines concentrent plus de données sur les citoyens français que n’importe quelle institution publique française. Et leurs data centers — ces usines à traiter la donnée — consomment autant d’électricité que certains pays entiers.

Qui a décidé que la vie numérique des Français appartiendrait à des entreprises étrangères ?

Personne. C’est arrivé progressivement, service après service, clic après clic, sans que la question politique soit jamais véritablement posée.


2. L’énergie : la bataille invisible derrière chaque conflit

Pour faire tourner cette économie de la donnée, il faut une quantité phénoménale d’électricité. Les data centers consomment déjà environ 2 % de l’électricité mondiale — et ce chiffre double tous les quatre ans avec l’essor de l’intelligence artificielle.

C’est pourquoi les grandes entreprises de la tech investissent massivement dans l’énergie : Microsoft a signé en 2024 un accord pour relancer la centrale nucléaire de Three Mile Island aux États-Unis. Google finance des réacteurs nucléaires de nouvelle génération. Amazon a racheté un data center directement connecté à une centrale nucléaire en Pennsylvanie.

Sam Altman (OpenAI) l’a dit à Davos : « il n’y a aucun moyen d’y parvenir sans une percée énergétique. » Jensen Huang (Nvidia) le confirme : l’énergie est la couche de base, la fondation de toute l’économie de l’IA. Bill Gates, lui, ne parle pas — il agit : sa start-up nucléaire TerraPower est déjà en train de construire des réacteurs pour alimenter les data centers de demain.

Regardez maintenant les conflits qui traversent le monde avec ce prisme. La guerre en Ukraine : le gaz et le pétrole russes, certes, mais aussi les câbles sous-marins de données, les routes de transit numérique. Les tensions en mer de Chine : les routes maritimes pour les puces électroniques fabriquées à Taïwan. Les guerres en Afrique centrale : le cobalt et le coltan, indispensables aux batteries et aux serveurs.

Et si derrière ces guerres d’influence se jouait aussi la bataille pour alimenter l’économie de la donnée ?

Ce n’est pas un complot centralisé. C’est pire : c’est la logique ordinaire du capitalisme de la donnée, qui pousse chaque acteur à sécuriser ses approvisionnements — en énergie, en minerais, en territoires numériques.


3. Gouverner par les algorithmes : le scénario qui s’avance masqué

En Chine, le système de « crédit social » attribue à chaque citoyen un score en fonction de ses comportements : paiements, déplacements, publications en ligne, relations sociales. Un mauvais score peut vous priver d’accès aux transports, aux écoles, aux emplois.

En Europe, on se rassure : « cela ne peut pas arriver ici. » Vraiment ?

Déjà en France, des assureurs expérimentent des tarifications basées sur les comportements de conduite. Des banques utilisent des algorithmes pour scorer la solvabilité. Des plateformes de recrutement filtrent les candidatures sans qu’aucun humain n’ait lu un CV. Des algorithmes de Pôle Emploi orientent les chômeurs vers certaines formations plutôt que d’autres.

En 2022, dans une étude de 360 pages commandée par le Premier ministre, le Conseil d’État a cartographié l’usage des algorithmes dans toute l’administration française — de Parcoursup aux services fiscaux — et conditionné leur déploiement à des exigences strictes de transparence et de contrôle humain, reconnaissant implicitement que ces garanties étaient loin d’être respectées partout. (Source : Conseil d’État, « Intelligence artificielle et action publique », 30 août 2022)

Et pour qu’un tel modèle s’installe durablement, il faut une condition préalable : que les populations perdent confiance dans leurs propres institutions. Que « les politiques » deviennent synonymes de corruption. Que « l’État » rime avec incompétence. Que la démocratie paraisse dépassée.

Alors une idée s’impose d’elle-même : et si on remplaçait tout ça par des systèmes neutres, objectifs, impartiaux ? Des plateformes. Des algorithmes. Des machines qui décideraient rationnellement ?

Qui a intérêt à ce que vous n’ayez plus confiance en rien — sauf dans les algorithmes ?


4. Le piège du cynisme : l’arme la plus redoutable

Ce serait une erreur de lire ce texte et de conclure : « Tout est corrompu, tout est joué d’avance, ça ne sert à rien. »

C’est exactement le piège.

Le cynisme total — croire que tout est manipulé, que toute institution est vendue, que tout engagement est inutile — détruit la seule chose capable de résister à ces logiques : la vie démocratique réelle, locale, concrète.

Car il y a une vérité que les géants de la tech n’ont pas encore réussi à algorithmiser : une commune bien dirigée, avec des citoyens engagés et un maire qui connaît ses administrés, est extraordinairement résistante à ces logiques de prédation numérique.

Les institutions ne se renforce pas depuis les réseaux sociaux. Elles se renforcent dans les mairies, les associations, les conseils municipaux, les marchés du samedi matin.

Ce n’est pas de la nostalgie. C’est de la stratégie.


5. Ce que nous pouvons faire — maintenant, ici, concrètement

La vraie résistance à la gouvernance algorithmique ne viendra pas d’une grande loi européenne ni d’un sommet international. Elle viendra de milliers de décisions locales prises par des élus et des citoyens qui ont décidé de reprendre la main.

Reprendre la main sur les données de votre territoire : quels opérateurs privés collectent des données sur votre commune ? Vos caméras de surveillance, vos applications de mobilité, vos outils numériques scolaires — à qui appartiennent ces données ?

Reprendre la main sur la vie démocratique locale : qui décide vraiment dans votre ville ? Combien de citoyens participent aux conseils municipaux ? Qui s’engage dans la vie publique locale ?

C’est précisément ce que propose sosmaires.org

Des méthodes très humaines pour une démocratie locale vivante

Sosmaires.org travaille depuis des années avec des élus locaux, des maires, des citoyens engagés pour développer des méthodes très humaines de gouvernance locale : Méthode DICRIM, formation des élus, conférence-spectacle, ateliers, médiation élus / citoyens / agriculteurs, inscription du risque de rupture des chaînes d’approvisionnement alimentaires au Plan Communal de Sauvegarde.

Pas des outils numériques supplémentaires. Pas des algorithmes de participation citoyenne. Des méthodes humaines, incarnées, qui font confiance à l’intelligence collective des territoires.

→ Découvrez les méthodes de sosmaires.org


La question finale

Le nationalisme exacerbé, les guerres d’influence, la fragmentation du monde : tout cela risque, paradoxalement, d’accélérer le basculement vers une gouvernance entièrement pilotée par la donnée. À force de détruire la confiance dans les institutions humaines, on prépare le terrain pour une gouvernance entièrement machinique.

La vraie question n’est pas de choisir entre les nations et les algorithmes. C’est de décider, ensemble, jusqu’où nous voulons laisser la technologie gouverner nos vies.

Et cette décision-là, aucun algorithme ne peut la prendre à votre place.

One reply on “DONNÉES. ÉNERGIE. POUVOIR.  ”

Magnifique , ce texte ! Mais je regrette qu’il soit publié sur une page web comportant 12 mouchards qui (sauf bloqueur du genre Privacy Badger) aspirent des données personnelles sur le lecteur, au profit des instances globalistes mentionnées dans l’article… Alors on fait quoi ? Il serait vital que la communication numérique de SOSmaires soit confiées à des opérateurs compétents réellement engagés pour le bien commun et pour le respect de la vie privée…

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